Les outils sont presque prêts, les gestes se répètent, le départ se rapproche. Sélectionné pour représenter la Suisse aux WorldSkills à Shanghai dans la catégorie menuiserie, Augustin vit les dernières semaines d’une préparation exigeante. À ses côtés, son coach Loïc ajuste les détails, affine les méthodes et l’aide à transformer la pression en énergie. Rencontre croisée avec un candidat concentré et un accompagnant attentif, au cœur d’une aventure où la précision se joue parfois au millimètre.
Une échéance qui se rapproche
Le départ pour Shanghai approche. Comment vivez-vous cette dernière ligne droite ?
Augustin : Je me sens bien. L’échéance devient très concrète, surtout avec le départ imminent du matériel. Cela signifie aussi qu’il reste moins de temps pour s’entraîner dans les conditions habituelles. Mais je suis confiant : j’ai beaucoup travaillé et je sens que j’ai progressé. Après, une compétition comme celle-ci garde toujours sa part d’inconnu. On peut tomber sur une pièce que l’on n’a jamais vraiment travaillée, ou au contraire sur quelque chose qui nous convient parfaitement.
La pression commence-t-elle à se faire sentir ?
Augustin : A ces championnats du monde des métiers, j’y pense forcément. Je sens que le moment approche. La pression est présente, sans être insupportable. Pour l’instant, elle m’aide surtout à rester concentré. Je ne fais ni de rêves, ni de cauchemars dans lesquels je me trouve aux WorldSkills (rires).
Un duo construit sur la confiance
Loïc, quel regard portez-vous sur Augustin à ce stade de la préparation ?
Loïc : Augustin me paraît serein. La pression commence naturellement à monter, mais elle peut devenir une force. Elle aide à entrer dans le concours, à se projeter. Mon rôle consiste à l’accompagner au plus près de ses besoins. Il n’y a pas de recette unique ni de programme figé : on adapte l’entraînement à son profil, à ses forces, à ses points d’attention et au temps qu’il reste.
À quoi ressemble cette préparation au quotidien ?
Loïc : Nous avançons par étapes. Certaines échéances sont fixes, comme la préparation et l’envoi des outils, mais le contenu de l’entraînement évolue constamment. L’objectif est de cibler ce qui peut encore faire gagner Augustin en efficacité, en précision ou en confiance. Chaque séance part d’un point concret à améliorer.
Dans l’atelier, le coach propose, le candidat dispose. Est-ce parfois une discussion technique serrée ?
Augustin : Oui, et c’est plutôt sain. Nous pouvons avoir des avis différents sur certaines techniques, mais cela fait avancer la réflexion. Loïc maîtrise très bien certaines méthodes à la main, alors que je suis parfois plus à l’aise avec une autre approche ou un autre outil. L’essentiel est de choisir la méthode qui me permet d’obtenir la meilleure qualité possible dans le temps donné.
Loïc : C’est exactement cela. Pour un même assemblage, on peut parfois utiliser plusieurs outils ou plusieurs techniques. Il faut choisir ce qui est le plus efficace pour le candidat. Le but n’est pas d’imposer une méthode, mais de trouver le bon équilibre entre rapidité, précision et qualité.
Face au monde entier
À Shanghai, vous retrouverez les meilleurs jeunes professionnels du monde. Connaissez-vous déjà vos concurrents ?
Augustin : Je ne les connais pas tous. J’en ai rencontré quelques-uns lors d’un entraînement en Allemagne, et j’en ai vu d’autres sur les réseaux sociaux. Il y aura des candidats de nombreux pays : Chine, Taipei chinois, Corée, Japon, France, Belgique, Allemagne, Espagne, Autriche, Danemark, Iran, Inde, entre autres.
Y a-t-il déjà des candidats qui sortent du lot ?
Augustin : A ce stade, ce sont les 20 meilleurs mondiaux qui s’affrontent. Néanmoins, certains candidats disposent d’une grande expérience et d’une préparation très impressionnante. Les détenteurs de la médaille d’or et de bronze des EuroSkills 2025 seront de la partie. Mais une compétition reste une compétition. Sur place, beaucoup de choses peuvent arriver : une tâche qui convient moins bien, une erreur, un imprévu, la pression. Une petite faute peut coûter très cher. Le plus important sera donc de rester concentré sur son propre travail.
Apprendre à résister à la pression
Dans un concours où chaque geste compte, comment apprend-on à garder son calme ?
Augustin : C’est surtout une question d’habitude. Le tir sportif m’a appris à gérer la pression de la compétition. Le stress ne disparaît pas, mais on apprend à composer avec lui. Je n’ai encore jamais vécu une compétition de cette ampleur ; je verrai donc comment je réagis. Mais j’essaie déjà de mettre en place des réflexes : respirer, me recentrer, avancer étape par étape.
Et si, pendant le concours, tout ne se passe pas comme prévu ?
Augustin : Il faut continuer. Si une pièce est coupée faux, elle est coupée faux. On peut s’énerver ou perdre du temps, mais cela ne sert à rien. Le plus important est de limiter la casse et de repartir immédiatement.
Loïc : C’est là que le plan de travail devient indispensable. Il donne des repères, même lorsqu’un problème survient. Le candidat peut se raccrocher à sa méthode, analyser rapidement la situation et décider comment rattraper l’erreur. Dans ce type de concours, la capacité d’adaptation est aussi importante que la technique.
L’équipe derrière la performance
Dans cette compétition individuelle, vous vous entraînez avec les autres candidats suisses mais aussi quelquefois avec vos adversaires directs des 19 autres pays. Que vous apportent ces rencontres ?
Augustin : C’est en effet particulier de s’entraîner avec d’autres adversaires, mais c’est très enrichissant. Cela permet de se connaître, d’échanger et d’observer différentes manières de travailler. Avec les autres membres de l’équipe suisse, des liens se créent. Nous avons des métiers différents, mais nous avançons vers le même objectif.
Loïc : Ces rencontres sont importantes. Pour les candidats comme pour les experts, elles permettent de créer des liens avant le concours. Sur place, cela facilite les échanges et contribue à une dynamique positive. L’équipe se construit aussi pendant le voyage et pendant les jours de concours.
Le compte à rebours logistique
Avant Shanghai, il reste aussi une étape très concrète : préparer et expédier le matériel.
Augustin : Je dois finaliser ma caisse à outils, préparer certaines machines et rassembler les éléments nécessaires au concours. Il ne faut rien oublier. Une partie du matériel partira bientôt. Ensuite, il faudra continuer à s’entraîner avec les outils qui resteront disponibles, parfois en adaptant un peu les méthodes. Il y aura aussi un dernier week-end d’équipe de Suisse avant le départ.
À l’arrivée, avant même la compétition, il faudra encore prendre ses marques.
Loïc : Les candidats et les experts partiront ensemble. Sur place, il y aura un temps d’adaptation, notamment pour récupérer du voyage et du décalage horaire. Des visites et des moments d’accueil sont prévus, puis viendra la préparation du poste de travail : installation des machines, vérification des outils, mise en place du matériel. C’est à ce moment-là que les candidats entreront réellement dans l’ambiance du concours.
Augustin : Nous aurons peut-être une idée générale de la pièce, par exemple une vue ou une photo, mais pas tous les détails. La tâche à faire sera donnée au tout début du concours. Nous disposerons de 22 heures pour l’accomplir.
« Continuer à travailler, rester concentré »
À quelques semaines du concours, quel est votre état d’esprit et sur quoi souhaitez-vous encore vous appuyer pour aborder Shanghai dans les meilleures conditions ?
Augustin : Continuer à travailler, rester concentré et garder la capacité de s’adapter. Nous savons que le concours demandera beaucoup de précision et de sang-froid, mais c’est aussi ce qui rend l’expérience aussi forte.
Loïc : Pour moi, le rôle de coach, c’est d’être à la fois un repère technique et un soutien dans les moments plus délicats. Augustin est celui qui sera devant l’établi à Shanghai ; mon objectif est qu’il puisse y arriver avec le maximum de sérénité, en sachant qu’il a les outils, la méthode et l’état d’esprit pour donner le meilleur de lui-même.










